L'épidémiologie : la seule technique d'analyse d'une épidémie/pandémie

Hands of little child holding globe sphere, planet map covered with medical protective mask isolated on black background. Concept of COVID-19 pandemic infection
Le principe de la surveillance épidémiologique est de recueillir de façon systématique des données concernant la santé, de les analyser pour comprendre les phénomènes pathologiques et d’en diffuser les résultats pour adapter les politiques sanitaires.

Rédacteurs : Professeur Jacqueline Deloumeaux, PU associée en Épidémiologie, Vice-Président Recherche, CHU de la Guadeloupe, Docteur Clarisse Joachim, MCU-PH Santé publique Université des Antilles, Chef de pôle par intérim de Cancérologie Hématologie Urologie, CHU Martinique, et Professeur Moustapha Drame, Direction de la recherche, CHU de la Guadeloupe

SURVEILLANCE D’UNE PANDÉMIE : UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE RIGOUREUSE

Le principe de la surveillance épidémiologique est de recueillir de façon systématique des données concernant la santé, de les analyser pour comprendre les phénomènes pathologiques et d’en diffuser les résultats pour adapter les politiques sanitaires.

Ce recueil systématique de données permet de répondre aux 3 objectifs de la surveillance épidémiologique : décrire, alerter, évaluer.

Les informations recueillies proviennent de plusieurs sources : données administratives et/ou médicales des établissements de santé, des réseaux de surveillance (ex : réseau sentinelle de médecine générale), données d’enquêtes par sondage, données informatisées des registres, laboratoires, ….

Dès le début de l’épidémie de COVID-19, la rapidité et l'efficacité des réponses nationales ont reposé sur la capacité du système de santé et de santé publique à obtenir et analyser les données de terrain.

En France, 3 systèmes sont utilisés pour le recueil des données :

  • SIVIC (Système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles) :  système mis en place pour la gestion des victimes de catastrophes (catastrophe naturelle, attentat, etc.) repose sur l’enregistrement quotidien des patients hospitalisés sur tout le territoire.
  • SI-DEP (Système d'information de dépistage): déployé en mai 2020, cette plateforme sécurisée enregistre les résultats des tests COVID-19 réalisés par l’ensemble des laboratoires publics et privés.
  • SIVAC (Système d’information dédié à la vaccination anti-COVID) : ce système est alimenté par les professionnels qui réalisent les vaccinations. Il permet le suivi de la couverture vaccinale.

INCIDENCE ET MORTALITÉ : INDICATEURS LES PLUS UTILISÉS POUR L’ANALYSE

L’incidence et la mortalité, sont les deux indicateurs permettant de suivre des maladies survenant rapidement après une exposition :

  • Incidence : nombre de nouveaux cas d’une maladie divisé par la population à risque d’être malade au début de la période ;
  • Mortalité : rapport du nombre de décès durant une période sur le nombre de personnes exposées au risque de mourir durant une même période.

Les données sur l’incidence et la mortalité du COVID sont mises à jour quotidiennement au niveau national par l’agence nationale de santé publique, Santé Publique France (https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19). Le site COVID-tracker développé par Guillaume Rozier permet de suivre l’évolution de l’épidémie en France et dans le monde (https://covidtracker.fr).

LA PANDÉMIE COVID A EU UN IMPACT MAJEUR SUR LA POPULATION

Selon les données de Santé publique France, la crise sanitaire a eu “un rôle de catalyseur des problèmes de santé mentale en France”. La propagation du virus s’est accompagnée d’une montée de l’inquiétude face à l’infection et de la mise en place de mesures restrictives sur le plan social, dimension essentielle du bien-être. Un dispositif d’enquêtes a été mis en place pour observer l’impact de cette pandémie sur la santé mentale. Source Santé publique France : https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19/enjeux-de-sante-dans-le-contexte-de-la-covid-19/articles/sante-mentale-et-covid-19

Le premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19 a provoqué un recul historique de l’activité avec un impact sur le niveau socioéconomique qui a touché en priorité les activités les plus étroitement en contact avec le public : la restauration, l’hébergement, les services à la personne ou les activités culturelles et récréatives, mais aussi les transports aériens. Source INSEE “L’impact de la crise sanitaire sur l’organisation et l’activité des sociétés” Cindy Duc, Catherine Souquet (Insee) https://www.insee.fr/fr/statistiques/4994488

Ces effets ont été aussi observés dans les DROM. En Martinique comme en Guadeloupe, le premier confinement aurait eu un effet négatif de - 3 % sur le PIB et ’activité économique a chuté de 20 % au cours de cette période. Source INSEE Bilan économique 2020 - Martinique, Guadeloupe : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5387702?sommaire=5017345 ; https://www.insee.fr/fr/statistiques/5387694?sommaire=5017313

Sur le plan collectif, la pandémie, telle une catastrophe naturelle, a un impact majeur sur le système de santé. L’embolisation à tous les niveaux du système de soins (urgences, services d’hospitalisation et de réanimation, médecine de ville) a des conséquences dont certaines ne pourront être mesurées qu’avec un recul de plusieurs années :

Le parcours de soins des patients atteints de maladies chroniques (cancer, patients en insuffisance rénale chronique terminale dialysés, patients sous traitement immunosuppresseurs) est fortement impacté :

  • Retard au diagnostic, notamment en cancérologie : report des consultations par le patient lui-même (peur de la contamination, volonté de ne pas surcharger le système) ou par les soignants
  • Report des interventions chirurgicales programmées qui deviennent progressivement à risque de complications. Au niveau national c’est plus de 900 000 interventions chirurgicales qui ont été reportées.

Le ralentissement des activités de dépistage (cancer du sein, colorectal, cancer du col de l’utérus) aura un impact sur la prise en charge précoce des patients avec le risque d’augmentation des cas à des stades avancés au moment du diagnostic.

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